Site icon Maroc Confidentiel

Le Maroc tente d’amener Cuba vers une neutralité envers le conflit du Sahara Occidental

Le Maroc souhaite saisir l'opportunité de l'ouverture cubaine pour rétablir les relations diplomatiques, mais en utilisant ce geste comme un levier pour négocier un assouplissement de la position cubaine sur la question du Sahara. L'objectif serait d'amener progressivement Cuba vers une neutralité, sur le modèle de la longue démarche qui a abouti au retrait de reconnaissance de la RASD par le Panama en 2013.

Résumé de la note diplomatique marocaine : Évaluation des relations bilatérales entre le Maroc et Cuba (15 septembre 2014)

Cette note interne évalue la possibilité de normaliser les relations diplomatiques avec Cuba, rompues en 1980 après la reconnaissance par Cuba de la « République arabe sahraouie démocratique » (RASD). L’analyse présente deux visages de Cuba et propose deux options stratégiques au Maroc.

1. Contexte historique et tensions persistantes :

Les relations, établies en 1960, ont été rompues par le Maroc en 1980 en réaction au soutien cubain à la RASD.

Depuis, Cuba maintient un soutien inconditionnel et actif aux séparatistes du Sahara, à travers :

Une coopération technique, humanitaire, médicale et éducative dans les camps de Tindouf.

Un dialogue politique de haut niveau et des déclarations de soutien répétées à l’autodétermination.

Une aide humanitaire spécifiquement destinée aux camps via le PAM.

Malgré des signaux cubains en faveur d’une normalisation depuis les années 2000 (notamment en 2006 et 2009), les actions concrètes de soutien à la RASD se poursuivent jusqu’en 2014.

2. Une ouverture cubaine encourageante :

Le pays connaît une libéralisation économique et une ouverture diplomatique sous Raúl Castro (depuis 2008) : réformes internes, assouplissement des restrictions, recherche d’investissements étrangers.

Sur le plan international, Cuba rompt son isolement : renforcement de ses liens en Amérique latine (notamment via la CELAC), dialogue avec l’Union Européenne, maintien de relations commerciales malgré l’embargo américain, et présence active en Afrique et dans le monde arabe.

Cette dynamique contraste avec son maintien dans le camp des rares pays sans relations diplomatiques avec le Maroc (avec les États-Unis et Israël).

La note conclut que deux voies sont possibles :

– Maintenir le statu quo et poursuivre un rapprochement limité via des contacts multilatéraux (ex. à l’ONU).

 Saisir l’opportunité de l’ouverture cubaine pour rétablir les relations diplomatiques, mais en utilisant ce geste comme un levier pour négocier un assouplissement de la position cubaine sur la question du Sahara. L’objectif serait d’amener progressivement Cuba vers une neutralité, sur le modèle de la longue démarche qui a abouti au retrait de reconnaissance de la RASD par le Panama en 2013.

La décision finale est soumise à l’approbation du Ministre.

TEXTE DE LA NOTE

Note pour le Ministre
Direction des Affaires Américaines
Rabat, le 15 septembre 2014
Objet : Évaluation des relations bilatérales entre le Maroc et Cuba.

Dans le cadre de la stratégie de rapprochement diplomatique engagée par notre pays en direction de certains États latino-américains et caribéens, notamment pour les amener à adopter de meilleurs sentiments à l’égard de notre Cause Nationale, et afin d’évaluer, dans ce contexte, l’avenir des relations entre le Maroc et Cuba, j’ai l’honneur de vous soumettre, ci-après, certains éléments d’appréciation en l’objet :

1/ Évolution des relations bilatérales entre le Maroc et Cuba :

2/ Un pays qui continue de soutenir la pseudo « rasd » :
En dépit des diverses déclarations cubaines en faveur d’une normalisation des relations avec le Maroc, il n’en demeure pas moins que Cuba continue de poursuivre sa coopération avec la pseudo « rasd », qui se matérialise par un certain nombre d’actions visibles, comme en attestent les positions cubaines suivantes :

3/ Un pays qui semble cependant vouloir changer de cap et adopter une politique d’ouverture :
Bien que Cuba ait, jusqu’à présent, maintenu une ligne idéologique « révolutionnaire castriste » de gauche radicale, il n’en demeure pas moins que ce pays semble avoir amorcé une certaine ouverture, en libéralisant progressivement son économie et en rompant peu à peu son isolement diplomatique. L’île caribéenne maintient aujourd’hui des relations diplomatiques avec 191 États, à l’exception de notre pays, des États-Unis et d’Israël. Cette ouverture cubaine a encouragé plusieurs pays, notamment les capitales européennes, à normaliser leurs relations diplomatiques avec l’île caribéenne, ce, au regard des éléments suivants :

4/ Appréciations finales :
Aussi, à la lumière de ce qui précède, il semble qu’au vu des nouvelles évolutions que connaît ce pays, à la fois au niveau interne et international, deux options pourraient être envisagées :

Les instructions de Monsieur le Ministre sont sollicitées à ce sujet.

Très Haute Considération.

Quitter la version mobile