Maroc Leaks : Bras de fer permanent du Maroc avec les Nations unies et les États-Unis

L'ancien SG des Nations Unies Ban Ki-moon et Christopher Ross, son ex-envoyé personnel pour le Sahara Occidental, deux fois désavoué par le Maroc.

DIPLOMATIE Un compte Twitter anonyme divulgue des dizaines de documents secrets marocains
– Bras de fer permanent du Maroc avec les Nations unies et les États-Unis
– Les documents révélés par « le Snowden du Maghreb » mettent en lumière une relation tendue
– Obama multiplie les gestes de soutien à l’équipe de Ban Ki-moon face à Rabat
– Le Maroc empêche la cheffe des « casques bleus » au Sahara de prendre ses fonctions

IGNACIO CEMBRERO

Le Secrétariat général de l’ONU « devra assumer la responsabilité en cas d’effondrement du processus politique et du retrait de la MINURSO [contingent de casques bleus] du Sahara », a averti Omar Hilale, ambassadeur du Maroc auprès des Nations unies, à son interlocuteur Hervé Ladsous, secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix.

Cela pourrait déboucher sur une « explosion guerrière », lui répondit, consterné, Ladsous. L’ambassadeur acquiesça et ajouta : « Ce sera exclusivement de la responsabilité du Secrétariat, qui (…) fait tout pour attiser la tension et déstabiliser la région, ce qui sera sans aucun doute exploité par la nébuleuse terroriste d’Al-Qaïda », solidement implantée au Sahel.

Ces remontrances ont été formulées par l’ambassadeur à New York le 26 avril et figurent dans l’un des nombreux télégrammes que diffuse depuis le début du mois un twittos anonyme se cachant derrière le profil de Chris Coleman. Les câbles révèlent que le Maroc et l’ONU, soutenue par les États-Unis, vivent une sorte de querelle permanente à propos de l’ancienne colonie espagnole.

Les documents diplomatiques ne constituent qu’une partie du flot de révélations explosives du twittos. Parmi les éléments diffusés, couvrant la période de 2012 à 2014, figurent également des courriels concernant des paiements, via un intermédiaire, du service de renseignement extérieur (DGED) à des journalistes et à des think tanks, ainsi que des échanges sur l’achat d’armement et de munitions par l’équivalent marocain du ministère de la Défense.

Bien que la presse de Casablanca ait à peine évoqué ces fuites, les hautes sphères du pays vivent dans un climat de crise face à ce qu’elles considèrent comme une opération de grande envergure visant à torpiller leur stratégie destinée à consolider la « marocanité » du Sahara occidental, dont l’Espagne s’est retirée il y a 39 ans. Les services secrets marocains ont ouvert une enquête sur cette fuite, dont ils soupçonnent qu’elle trouve son origine en Algérie.

Les voisins africains

À la relation tendue de Rabat avec les Nations unies et, dans une moindre mesure, avec Washington, s’ajoute le conflit déclenché avec Paris à la fin février et qui persiste encore. Avec ses deux voisins africains, Alger et Nouakchott, les autorités marocaines entretiennent également de mauvaises relations chroniques. Enfin, elles viennent de se fâcher avec Le Caire à la suite d’un geste effectué le week-end dernier en direction du Front Polisario. Dans son environnement politique, le Maroc n’entretient des relations cordiales qu’avec un seul pays : l’Espagne.

« Le Maroc exprime sa profonde déception, son véritable mécontentement et son incompréhension totale face au contenu biaisé et tendancieux du rapport » du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, sur le Sahara. C’est en ces termes qu’une délégation marocaine de haut niveau s’est exprimée à New York le 18 juin. Le rapport a été amendé avant d’être soumis au Conseil de sécurité.

La querelle a des conséquences concrètes. La Canadienne Kim Bolduc, nouvelle cheffe de la MINURSO (contingent de l’ONU au Sahara), nommée par Ban Ki-moon en mai, n’a pas pu prendre ses fonctions. Rabat la rejette, soupçonnant qu’elle cherchera « à s’immiscer dans des questions de droits de l’homme qui ne relèvent pas de sa compétence ».

« Les États-Unis dirigent le processus politique visant à trouver une solution » au conflit du Sahara, a rappelé le 28 août David Dunn, ambassadeur américain auprès de l’ONU, à son homologue marocain. Il lui a ensuite fait part de sa « préoccupation » face au veto marocain empêchant Bolduc de se rendre au Sahara. Washington a effectué au moins deux autres démarches similaires, sans que Rabat ne cède.

Au début du même mois, l’ambassadrice adjointe Rosemary DiCarlo avait déjà rappelé aux Marocains non seulement le cas Bolduc, mais aussi la nécessité de légaliser « davantage d’ONG originaires du Sahara », c’est-à-dire proches de l’indépendantisme, et de « mettre fin aux procès de civils [sahraouis] devant des tribunaux militaires ». « Les progrès sont très lents », s’est-elle plainte. Tout cela avait pourtant été convenu lors de la visite du roi Mohammed VI à Washington en novembre 2013.

S’il faut empêcher Bolduc d’exercer ses fonctions, il faut aussi évincer le diplomate américain Christopher Ross de son poste d’envoyé personnel de Ban Ki-moon pour le Sahara. Depuis la fin du printemps, il a demandé à effectuer une tournée au Maghreb, mais Rabat ne se presse pas pour le recevoir.

Contre Ross

« Ross a démontré son hostilité prononcée envers le Maroc », souligne le rapport marocain qui fixe la ligne à suivre sur le Sahara jusqu’en avril 2015. « Sans l’affronter ouvertement, il faut le discréditer », conseille-t-il. « Sans en faire une victime, il faut le contraindre à renoncer à sa mission (…) » par l’application d’une série de mesures.

Celles-ci consistent, par exemple, à « réduire au maximum ses voyages au Maroc » et, s’ils ont lieu, à ce qu’« il soit reçu à un niveau intermédiaire ». Il conviendrait également de diffuser, dans des « cercles officieux (journalistes, universitaires, parlementaires, etc.) un message sceptique » à propos de Ross : « Est-ce l’homme de la situation ? ». L’ambassadeur Hilale le décrit comme un alcoolique maladroit ayant des difficultés à enfiler sa veste.

Pour le remplacer, Rabat a déjà un candidat : Athar Khan, actuel chef de cabinet d’Antonio Guterres, Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés. « Il est intéressé et motivé », écrit l’ambassadeur Hilale à son ministre le 31 août. De plus, Athar Khan a rendu d’innombrables services au Maroc, par exemple en faisant en sorte que, lors de sa visite à Genève en 2013, Ross soit reçu par des fonctionnaires de bas niveau du Haut-Commissariat.

Dans cette entreprise de discrédit de Ross, la diplomatie marocaine a bénéficié de l’aide du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel García-Margallo. « Il serait bon qu’il avance plus rapidement sur le dossier et qu’il se concentre sur les thèmes centraux au lieu de se perdre dans des sujets accessoires », déclara le ministre espagnol à Rabat en juin 2012, juste après que les autorités marocaines eurent lancé leur première campagne contre Ross.

El Mundo, 29/10/2014

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